Les Parisiennes & Claude Bolling
En 1964, aidé de professionnels de la chanson, Frank Gérald (parolier) et Jean Kluger (éditeur), Claude Bolling lance un quatuor vocal féminin, sorte de réponse bien française aux girl groups qui connaissent une belle vogue aux USA. Né à Cannes, le 10 avril 1930, Claude Bolling a déjà beaucoup d'expérience. Pianiste, compositeur et arrangeur, il enregistra son premier disque à dix-huit ans, anima les clubs de Saint-Germain-des-Prés, participa aux enregistrements de grands jazzmen américains... Arrangeur des fameuses Chansons possibles et impossibles de Boris Vian, il pénétra le monde des variétés, devenant chef d'orchestre pour Sacha Distel, Juliette Gréco, Henri Salvador, Dario Moreno, Brigitte Bardot...
La réussite d'une telle entreprise dépend beaucoup d'une présentation réussie, aussi Claude recrute-t-il quatre danseuses aux physiques agréables et complémentaires. On le sait, le Parisien est rarement né à la capitale. Il en va de même des Parisiennes de Claude Bolling : Raymonde Bronstein vient de Lyon, Anne Lefébure de Nice, Hélène Longuet de Mantes-La-Jolie, et Anne-Marie Royer, authentique gamine de Paris, confirme joliment la règle !
Quand apparaissent les premiers soleils de l'été 1964, sort le fameux hymne à la désertion, "Il fait trop beau pour travailler" et ses relents de jazz New Orleans, son rythme étant marqué au banjo, ponctué d'effets klaxon... Une recette également utilisée pour "On a déjà retenu pour le mois d'août" ou "Ah ! c'qu'on est bête". Les filles ayant été en partie sélectionnées pour leur polyvalence (allure, danse, voix), afin que les enregistrements soient le plus performants possible, Claude Bolling leur adjoint deux professionnelles à la technique de chant irréprochable, Danielle Licari et Nicole Croisille.
Vraisemblablement influencé par les titres délirants de certains disques de beatniks américains, Frank Gérald écrit "C'est tout de même malheureux... qu'on ne puisse pas se promener tranquillement dans les rues après neuf heures du soir". Interprétée sur un tempo frénétique, cette chanson est l'une des plus courte du répertoire des Parisiennes ! Les pochettes des deux premiers super 45 tours portent la formule Claude Bolling & Les Parisiennes. Après ça, le nom du chef d'orchestre passe au second plan. Le charme musical des Parisiennes n'a d'égal que celui qu'elles dégagent lors de leurs nombreuses prestations en public, que ce soit à la télévision ou sur toutes les scènes de France. Leur formation de danseuses leur est alors évidemment d'un grand secours. Le fameux Roland Petit, chorégraphe émérite leur règle même un spectacle.
Pour ses textes, Frank Gérald tente d'imaginer ce que peuvent bien se dire les femmes, il en résulte des titres comme "On n'a vraiment plus rien à se mettre", "Il va falloir se mettre au régime", "On fait peur aux garçons"... La formule du slogan qui a si bien fonctionné pour le premier disque est à nouveau utilisée pour "L'argent ne fait pas le bonheur", "Quand y'en a pour trois, y'en a pour quatre", "L'Amérique ça n'est pas le Pérou", "Ah ! Vivement ce soir qu'on s'couche"... L'humour est omniprésent, évident avec "Le 30 février" ou "Y'a comme un défaut" dont le titre reprend une phrase immortalisée par Fernand Raynaud.
Plutôt adultes dans leur présentation, les Parisiennes gardent le contact avec l'enfance quand elles chantent "Bonne nuit mes agneaux", qui fait écho à "Bonne nuit les petits". La mode des sports d'hiver trouve son morceau fétiche en "Ouille, ouille, ouille, ça glisse". Par ailleurs, l'actualité dicte des titres tels "Les Voleurs du train postal", "Barbouze tango".
Musicalement, comme il le fait sur les disques de B.B., Claude Bolling laisse souvent poindre son penchant pour le ragtime et le boogie. La mode rétro l'encourage dans cette voie, d'où des chansons dans cet esprit pour les Parisiennes : "La De Dion-Bouton", "Le Temps du lumbago", "C'est le tango qui a perdu ta mère" ou le "Thème de Borsalino". Dans le même ton, on notera "Bonnie & Clyde". Étant donné que les Parisiennes ont été créées comme un véhicule de charme pour les œuvres d'un tandem compositeur-parolier, il n'est pas étonnant qu'elles aient fait assez peu de reprises, exception faite de "Un tout petit pantin" d'après "Puppet on a String" qui vit triompher Sandie Shaw au concours Eurovision 1967, "La Banda" qu'interprétait également Dalida, ou "Boom bang-a-bang", un tube pour l'Anglaise Lulu en mars 1969...
En 1971, remplacée par Viviane Chiffre, une Parisienne de Paris, Raymonde Bronstein, considérée comme la meneuse du groupe, entame sa carrière solo sous le nom de Raymonde Beretta, et enregistre plusieurs simples chez Pathé. Les Parisiennes ne survivront pas longtemps à son départ.
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