Nino Ferrer
Nino Ferrer est né Agostino Ferrari. Il voit le jour le 15 août 1934 à Gênes en Italie dans une famille bourgeoise. Son père est italien et sa mère française. Nino affirme avoir eu une enfance très agréable au sein d'une famille cultivée et amoureuse des Arts.
Il passe les cinq premières années de sa vie en Nouvelle-Calédonie où son père est nommé ingénieur dans une usine de nickel. Lors de vacances en France en 1939, Nino et sa mère se retrouvent bloqués à cause de la guerre. Son père continue à travailler en Nouvelle-Calédonie. Seuls en Italie, sans beaucoup d'argent, ces années-là ne sont pas très faciles, d'autant plus qu'il est reproché à la mère de Nino d'être l'épouse d'un ennemi de l'Italie.
En 1947, toute la famille s'installe en France. Nino est envoyé dans les meilleurs collèges de Paris. Après sa scolarité, il se lance dans des études d'ethnologie et d'archéologie préhistorique. Il en ressort diplômé. Une grande partie de son temps libre est consacré à visiter des champs de fouilles, et il décroche un premier emploi au musée de l'Homme.
A côté de cette passion pour l'histoire, il développe de nombreux autres centres d'intérêt. Il commence à peindre assidûment. Cette passion ne le quittera jamais. Mais surtout, il apprend à jouer de différents instruments : guitare, piano, clarinette, trombone ou trompette. Il compose, il écrit, et devient un fervent adepte de jazz.
A la fin de ses études, sa grand-mère lui offre un voyage en Nouvelle-Calédonie. Il en profite pour faire le tour du monde sur un cargo et participe à des fouilles sur l'Ile des Pins en Mélanésie. De retour à Paris, il doit se trouver un emploi. Mais tout ce qui s'offre à lui n'est pas passionnant et peu payé. De plus, il songe de plus en plus à se lancer dans la musique. Son choix est vite fait et il devient l'accompagnateur de musiciens de jazz à commencer par Richard Bennett et les Dixiecats, puis Bill Coleman de 58 à 60.
Au début des années 60, il travaille quelques années avec la chanteuse américaine Nancy Holloway. Il est son guitariste. Parallèlement, il continue d'écrire des morceaux très inspirés par le gospel. Il ne remporte aucun succès et essuie des refus dans la plupart des maisons de disques. Lorsqu'il découvre le rhythm'n'blues avec Otis Redding, Sam Cooke ou Sam & Dave, c'est une révélation musicale. Il transforme son écriture.
Repéré par le label Barclay, il faut attendre 1963 pour que Nino Ferrer enregistre son premier disque, "Pour oublier qu'on s'est aimé". Il a 29 ans alors que la moyenne des jeunes vedettes du moment en ont à peine 20. Ce 45 tours de quatre titres, écrit dans une veine assez classique, ne marche pas en France. Sur la face B, il décide de mettre une chanson qu'il a écrite au tout début des années 50, "Un an d'amour". Cette chanson est reprise en Italie puis en Espagne, et est plus connue aujourd'hui sous son titre espagnol, "un Año de amor", que le réalisateur Pedro Almodovar a utilisé dans son film "Talons Aiguilles". Un autre extrait, "l'Irréparable" connaît un succès certain dans certains pays d'Europe, au Japon, et même au Moyen-Orient, d'où une semaine de concerts organisée en grande pompe à Beyrouth.
Séparé de Barclay pour un petit label Bel Air, Nino est toujours inconnu en France. On le voit sur la scène de l'Olympia en 63 où il participe au spectacle de Nancy Holloway. En 1964, il monte un groupe gospel, Reverend Nino and the Jubilees ; ils se séparent avant même d'effectuer un enregistrement digne de ce nom. Nino sort alors quelques 45 tours sans succès.
Après toutes ces années de galère, le déclic a lieu de façon inattendue en 1965. Nino réintègre le label Barclay qui lui donne la possibilité d'enregistrer de nouveaux titres. Après quelques essais peu réussis, un nouveau directeur artistique, Richard Bennett, laisse les mains libres à Nino pour enregistrer un disque à sa guise. Excellente idée !
C'est ainsi que Nino Ferrer enregistre "Mirza", titre qui mêle efficacement rythm'n'blues et dérision des textes. La chanson est un succès immédiat et spectaculaire. La maison de disques réclame à Nino Ferrer des titres du même genre. Le public s'arrache les disques et le jeune chanteur devient une idole du jour au lendemain. Dans la foulée, paraissent "Les Cornichons" et "Oh ! Hé ! Hein ! Bon !". Nino Ferrer est désormais considéré comme le chanteur rigolo et l'amuseur à la mode. Sa notoriété est énorme, mais fondée sur un répertoire qui ne lui ressemble pas. Cependant, il aligne tube sur tube et sa nouvelle vie de vedette prend un rythme infernal. En 66, il donne 195 galas et participe à près de 30 émissions de télévision. Il profite à fond du système : argent, luxe, conquêtes. On le compare à Dutronc pour son côté dandy provocateur et séducteur à l'air blasé. Mais Nino Ferrer se lasse très vite.
En 1966, sort "le Téléfon", nouveau tube qui fait encore danser les gens trente ans plus tard. En dépit de sa réussite, Ferrer doté d'un caractère entier, commence à se fâcher avec le showbiz. Peu enclin à faire des concessions, il quitte Paris et s'installe en Italie où au même moment, son titre "Je veux être noir" fait un succès d'un tout autre type.
Etouffé par sa propre réussite, Nino Ferrer reste environ trois ans en Italie de 67 à 70. En France, continuent de sortir des titres qui marchent assez bien. Ses textes sont de plus en plus iconoclastes voire politisés, mais toujours sur un mode ironique, voire parfois cynique. En 1967, il chante "Mao et Moa" et "Mon copain Bismarck" et en 1968, c'est "le Roi d'Angleterre". Son répertoire devient mordant en écho à son irritation générale du showbiz et de la société.
A cette époque, Nino engage un jeune musicien camerounais, Manu Dibango, qui se fera connaître plus tard en tant que saxophoniste. Mais c'est comme organiste que Dibango travaille avec le chanteur.
En Italie, Nino devient animateur de télévision dans une émission de variétés un tantinet irrévérencieuse, "Lo, Agata e tu". Il en tire une notoriété indéniable. Il participe deux fois au festival de San Remo. En 1970, il termine finaliste, mais l'année suivante, est éliminé. Après une courte idylle avec Brigitte Bardot, il choisit finalement de rentrer en France après avoir enregistré l'album "Rats and Roll" en 1971.
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