Un Endroit

Il était une fois le Golf Drouot

Au dessus du Café d’Angleterre, au coin de la rue Drouot et du Boulevard des Italiens, il y avait cette flèche. Là, juste en sortant du métro Richelieu Drouot à Paris. La nuit, on ne voyait qu’elle. Elle indiquait le chemin du Golf Drouot. C’est la que le rock français a débuté.

A l’origine, le Golf Drouot abritait un parcours de golf miniature. Même si en ce début des années 50 les golfs miniatures étaient une sorte de nouveauté, l’endroit végétait.

Madame Perdrix,  propriétaire du lieu, avait essayé le salon de thé dansant, le restaurant chic et pourtant l’endroit semblait maudit. Henri Leproux, le barman qu’elle avait engagé pour tenir l’endroit, s’ennuyait ferme. Jusqu’à ces jours de 1958 où quelques teen-agers de la bande de la Trinité, toute proche, investirent l’endroit on ne sait trop pourquoi. Peut-être parce que Henri Leproux leur laissait choisir et écouter les disques ? Bill Haley, Little Richard, et les autres bien sûr.

Le rock en France était ignoré des grands médias ou traité comme une plaisanterie. Mais pour quelques passionnés, il était la passion dévorante de jeunes branchés qui achetaient aux soldats américains basés en France les 45-tours qu’on ne pouvait trouver ici : Eddie Cochran, Gene Vincent…

Henri Leproux comprit vite qu’il y avait là un mouvement. Quelque chose se passait. Il décida de transformer le pitoyable golf en discothèque rock qui programmerait des groupes sur l’exemple du Two’s, lequel en Angleterre était le QG mythique de Tommy Steele ou Cliff Richard.

Madame Perdrix ne refusa pas. La firme Seeburg accepta de prêter un de ses juke-boxes géants. Et en février 1960, Johnny Hallyday fit sa première visite quelques mois, à vrai dire, après Eddy Mitchell qui travaillait à côté au Crédit Lyonnais.

Dans le sillage des Chausettes Noires, des milliers de groupes se constituent sur tout le territoire. Chacun sachant que Johnny et Eddy sont des enfants du Golf,l'endroit devient le rendez-vous de tous les passionnés, le carrefour de toutes les vocations. Vint alors le tour des Pénitents, des Vautours, des Missiles…Toute une génération obsédée par le rock qui rendit « Has Been » ses prédécesseurs du jour au lendemain. 

Pour une fois, La France est en avance et impose le format "groupe". L’hexagone tient alors le haut du pavé au point que les mods anglais copient les coupes de cheveux et les fringues appelant cela le look continental.

De tout cela, la petite scène du Golf Drouot, filmée par Albert Raisner pour son émission « Age tendre et tête de bois », est le creuset. Ainsi, grâce à la télévison, le Golf devient une légende. Les directeurs artistiques des maisons de disques, Eddie Barclay en tête, les personnalités à la mode, tous affluent. On y twiste pire qu’au Peppermint Lounge de New York ! Les paparazzis s’y pressent…

Le Golf Drouot accueille bientôt l’aristocratie du rock en ballade ou en devenir. On y croise Gene Vincent qui y jouera régulièrement jusqu’en 1969, quelques mois avant sa mort, mais aussi les Rolling Stones ou le futur David Bowie. Des visites que temoignent une poignée de photos placées en vrac dans un cadre, juste en face de l’escalier.

Une fois la mode des groupes français passée, le Golf Drouot, lui, continue sa route avec l’arrivée progressive des beatniks puis des hippies.

Quelques années plus tard, pourtant, le Golf devait fermer en 1981 pour une stupide histoire de Licence IV. Une époque s’achevait. Leproux était persuadé que ses anciens clients ne laisseraient pas faire cela. Hélas, il se trompait !

Sans le Golf Drouot, le rock français aurait-il été aussi vivace ? Serait-il différent ? Nul ne le sait, mais il est évident que le rôle de cet endroit et de son animateur a été determinant.

L'entrée du Golf Drouot - 2, rue Drouot à Paris

Les surfs

Nancy Holloway et Nino Ferrer